LITERARY AWARD | JAY MCINERNEY

Le Jury du 33ème Prix Littéraire Lucien Barrière du Festival du Cinéma Américain de Deauville, composé de Frédéric Beigbeder (écrivain, éditeur et journaliste), Gilles-Martin Chauffier (écrivain et rédacteur en chef de Paris Match), André Halimi (journaliste, écrivain et cinéaste), Jean- Claude Lamy (journaliste et écrivain), Eric Neuhoff (journaliste et écrivain) et Gonzague Saint-Bris (journaliste et écrivain), décernera le jeudi 6 septembre son prix à Jay McInerney pour son roman La belle vie, paru aux Editions de l'Olivier. L'auteur sera présent à Deauville pour recevoir son prix.

Né le 13 janvier 1955 à Hartford dans le Connecticut, Jay McInerney vit à New York. Fils d'un
cadre de multinationale, il suit ses parents de Londres à Vancouver, puis à Pittsfield dans le
Massachusetts. C'est là qu'il rencontre Gary Fisketjon, qui sera plus tard son éditeur. En 1977,
grâce à une bourse de Princeton, il s'installe à Tokyo pour deux ans. À son retour aux États-Unis, il
travaille au service de vérification du New Yorker et lit des manuscrits pour l'éditeur Random House. À
l'instigation de Raymond Carver, il quitte New York et sa vie nocturne pour l'université de Syracuse, où
il écrit It's Six A.M. Do You Know Where You Are? D'abord publiée dans Paris Review, cette nouvelle
deviendra le premier chapitre de son premier roman, Bright Lights, Big City. Dès sa parution en 1984, ce
livre obtient un énorme succès. Dans les années qui vont suivre, la presse se focalise sur un groupe de
jeunes auteurs new yorkais, le "Brat Pack", dont Jay McInerney est censé être le chef de file. On y
retrouve Bret Easton Ellis, Tama Janowitz, Mona Simpson, David Leavitt, Susan Minot, Lorrie Moore…
"Lorsque nous avons commencé à écrire, Bret Easton Ellis et moi, l'expérience urbaine n'occupait qu'une
place mineure dans la littérature américaine. Aujourd'hui la plupart des écrivains, notamment Franzen et
Lethem, et même Don DeLillo dans Cosmopolis, écrivent sur New York". D'abord portés aux nues,
McInerney et Ellis sont férocement attaqués par une presse qui leur reproche leur mode de vie, considéré
comme choquant par l'establishment de la côte Est. "Comme le dit mon ami Norman Mailer, les flashs
ont cette capacité de te voler tout ce qu'il peut te rester d'intelligence." McInerney leur répondra à la une du
magazine Esquire en fustigeant le voyeurisme d'une caste de mandarins, incapables de comprendre que la
formule "Sex, Drugs and Rock'n'Roll" n'est pas un sujet de conversation mais une manière de vivre.
Certains y laisseront leur santé mentale. D'autres leur vie. L'échec de Toute ma vie, monologue d'une jeune
new yorkaise proche de l'héroïne de Breakfast at Tiffany's, l'oblige à se remettre en question. Il lui faudra
cinq ans pour écrire Trente ans et des poussières, publié aux Éditions de l'Olivier en 1993. Roman de "génération", Trente ans et des poussières est à la fois une comédie crépitante à la Tom Wolfe et une tragédie fitzgeraldienne. Une fois de plus, la critique est enthousiaste et le livre fait son entrée dans la liste des
best-sellers du New York Times. Le Dernier des Savage traverse les années 1970, entraînant le lecteur dans une Amérique où s'affrontent l'Ancien et le Nouveau, la justice et la liberté, le sens de l'honneur et la
tentation de la trahison. Avec Glamour Attitude, Jay McInerney affirme ses talents de chroniqueur brillant
et inspiré d'une époque, en l'occurrence les années 1990, dont il dénonce les tares et les bassesses avec
une sorte de jubilation féroce. Il publie en 2003 un recueil de nouvelles, La Fin de tout.

D'après des propos recueillis par François Armanet et Didier Jacob pour Le Nouvel Observateur et Jérôme Schmidt pour Nova


LA BELLE VIE

Ils avaient trente ans et des poussières. Le monde leur appartenait. Ils étaient, disait-on, le plus beau couple de New York. C'était en 1987. Quatorze ans plus tard, Corrine et Russell Calloway ont deux enfants et vivent dans un loft luxueux, à TriBeCa. Ce soir-là, ils ont invité des amis à dîner (Salman Rushdie vient de se décommander). Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l'horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n'est pas le roman du 11 septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l'onde de choc de l'attentat du World Trade Center vient percuter des millions de vies. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d'angoisse et d'euphorie. L'impossible est devenu possible. Désormais, tout peut arriver. Corrine fait du bénévolat sur le site de Ground Zero. Elle y rencontre Luke. C'est le début d'une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de La Fin d'une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d'oublier ce qui les entoure : le fric, le toc et le chic du milieu auquel ils appartiennent, l'érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu'au moment où…